OST – Rapport du Premier trimestre 2026

رصد التحركات الاجتماعية (OST) v6.5

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مؤشر الحركات (المؤكد)

- إجمالي التأثير (موزع جغرافياً)

📅 الجدول الزمني للحركات

⚧️ النوع الاجتماعي / المشاركة

⏰ توقيت التحرك (Pie)

📢 الشكل الاحتجاجي (Way Mode)

📍 المكان المحدد (أعلى 10)

📣 الجهة المستهدفة (Demander)

🌍 النطاق الجغرافي (Scope)

🇹🇳 عدد الحركات حسب الولايات (Bar)

⚖️ الحقوق المطالب بها (Droit)

📋 الأسباب والدوافع

السببمجموع الحركات

🎭 الفاعلون (Actors)

الفاعلمجموع الحركات

🇹🇳 الخريطة الحرارية للحركات (Governorates Map)

🇹🇳 توزيع الولايات (جدول)

الولايةمجموع الحركات

Observatoire social tunisien  

Rapport janvier-mars 2026 

Les acteurs sociaux poursuivent leurs manifestations et revendiquent leurs droits perdus 

La tendance à la hausse du mouvement social se poursuit au cours du premier trimestre de l’année 2026, avec un total de 1 310 manifestations, soit une augmentation d’environ 15,7 % par rapport à la même période de l’année 2025, au cours de laquelle le pays avait enregistré    1 132 manifestations, et une hausse d’environ 175 % par rapport au premier trimestre de l’année 2024, qui n’avait enregistré que 475 manifestations.  

D’après les chiffres relevés au cours des derniers mois, on peut affirmer que l’acteur social a maintenu un rythme d’activité similaire au cours des quinze derniers mois, ce qui permet de dire qu’il est sorti de la stagnation et de la désorganisation qui l’avaient affecté, et qu’il a recommencé à recourir aux formes de protestation comme moyen de revendiquer ses droits et comme moyen d’exprimer sa colère, son rejet et son mécontentement.  

Les revendications professionnelles et le droit à l’emploi reviennent une nouvelle fois au premier plan et constituent le cœur du mouvement du premier trimestre de l’année, représentant près de la moitié des actions recensées par l’équipe de l’Observatoire social tunisien du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux. L’acteur social poursuit sa quête de moyens pour faire valoir son droit au travail et à une vie digne. Ses revendications s’entremêlent et se recoupent, regroupant le droit à l’embauche, la régularisation de la situation professionnelle, l’amélioration des conditions de travail, le droit à la titularisation, la demande de versement des salaires et des indemnités, ainsi que la mise en œuvre des conventions en suspens. Il continue également à agir dans le cadre de dossiers traditionnels datant de plus d’une décennie, tels que celui des enseignants et des professeurs suppléants, ainsi que celui des garderies, en particulier pour les personnes âgées de plus de 45 ans. 

Les revendications à caractère civil et politique conservent quant à elles leur élan et représentent un tiers des mobilisations enregistrées au cours des mois de janvier, février et mars. Les mobilisations et les rassemblements à caractère politique se poursuivent, qu’ils soient liés à des opposants politiques incarcérés ou qu’ils réclament la libération des personnes arrêtées pour leurs activités civiles ou dans le cadre de ce qu’on appelle l’affaire “du complot”  

De nouvelles arrestations ont été enregistrés au cours de ce trimestre, notamment celles de plusieurs militantes et militants de la« Flotte al-Soumoud », à la suite desquelles un certain nombre de manifestations et de rassemblements ont également été organisés.  

Cette même période a connu la libération de Salwa Ghrisa, précédée par celle de Charifa Riahi ; toutes deux avaient été placées en détention en raison de leur engagement civique. Entre-temps, l’avocat Ahmed Swab a également été libéré ; il avait été placé en détention à la suite d’une déclaration qu’il avait faite aux médias lors de la deuxième audience de ce qu’on appelle l’affaire du complot contre la sûreté de l’État, qui implique un grand nombre de personnalités politiques, de défenseurs des droits de l’homme et de militants.  

Les autres actions enregistrées au cours du premier trimestre de l’année ont porté sur des revendications relatives au droit au développement, au droit à la sécurité et à la sûreté, à la protection, au droit à un environnement sain et à l’eau potable, au droit à l’éducation, au droit à une vie digne, au droit aux transports et au droit à la santé.  

Les manifestations ont présenté des caractéristiques générales assez similaires tout au long de cette période de trois mois, s’articulant autour des mêmes revendications et droits malgré des différences en termes de nombre. Ainsi, le mois de janvier a enregistré 501 manifestations, ce qui en a fait le mois le plus riche en revendications, suivi par février, qui a connu 335 mouvements et a coïncidé en partie avec l’arrivée du mois de ramadan, avant que la tendance ne reprenne son ascension avec 462 mouvements enregistrés en mars.  

L’Observatoire social tunisien continue de suivre le mécontentement général de la population tunisienne, lié à la hausse des prix, à la baisse du niveau de vie et à la difficulté de faire face aux exigences de la vie quotidienne, ainsi qu’aux protestations contre la détérioration des infrastructures, le droit à un environnement serein (démantèlement des unités du complexe chimique de Gabès), la dégradation du niveau d’hygiène, la mauvaise qualité des services administratifs publics, la faiblesse du parc de transports publics, l’inégalité d’accès aux soins de santé, à l’approvisionnement en médicaments et à l’éducation, la dégradation du système judiciaire, ainsi que le problème des coupures d’eau potable. D’autres manifestations ont également porté sur la violation du droit syndical, ainsi que sur l’approvisionnement en engrais et en eau d’irrigation pour les agriculteurs. 

La capitale, Tunis, qui incarne le centre symbolique du pouvoir, continue d’occuper la première place parmi les régions ayant connu une vague de protestations au cours du premier trimestre de l’année, avec 390 manifestations, suivie par le gouvernorat de Gafsa qui en a connu 204, puis, en troisième position, le gouvernorat de Manouba avec 80 manifestations, suivi de celui de Nabeul avec 66, de Sfax avec 58, de Tataouine avec 56, de Kairouan avec 47, de Kasserine avec 36 et de Ben Arous avec 3 , tout comme Medenine, Bizerte avec 32 manifestations, et Sousse avec 31 manifestations. Par ailleurs, tous les gouvernorats de la République ont connu, au cours du premier trimestre de l’année, des manifestations de protestation, la Mahdia enregistrant le nombre le plus faible avec 9 manifestations, Zaghouan en comptant 12 et Le Kef 14. 

Les ouvriers, ont été les acteurs sociaux les plus actifs au cours du premier trimestre de l’année, avec 331 mobilisations. Ils sont suivis par les militants, qui ont organisé 236 mobilisations, puis par les citoyens, qui ont participé à 127 mobilisations, puis par les enseignants et les professeurs, qui ont organisé 122 mobilisations, et enfin par les syndicalistes, avec 108 mobilisations. Les chômeurs titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur ont participé à 75 actions, les employés à 63, les ouvriers et ouvrières agricoles à 49, les avocats ont organisé 44 actions, les détenus ont mené 22 actions et les journalistes ont participé à 21 actions. Le reste des mobilisations s’est réparti entre les agriculteurs, le secteur médical et paramédical, les chauffeurs des transports publics et privés, les élèves, les commerçants, les supporters des équipes sportives et les sportifs.  

Les acteurs sociaux ont utilisé l’espace virtuel comme cadre pour présenter leurs revendications dans 31 % des actions recensées, et ont eu recours à des déclarations et à des appels à l’aide sur les réseaux sociaux ou dans les médias pour faire entendre leur voix, manifester ou formuler des revendications. Les actions sur le terrain ont quant à elles représenté environ 69 % des actions enregistrées. Des rassemblements de protestation ont été organisés lors de 316 actions, tandis que 193 actions ont donné lieu à des grèves et 168 à des sit-in. Les grèves de la faim ont représenté 121 des manifestations enregistrées au cours du premier trimestre de l’année. Le port du brassard rouge a également été observé à 55 reprises et 13 marches pacifiques ont été organisées au cours de la même période ; d’autres formes de protestation ont été adoptées, telles que le blocage de routes, la suspension d’activités, le brûlage de pneus, les menaces de grève et l’interdiction de se rendre en cours.  

Dans plus de 90 % des actions menées, les acteurs sociaux se sont tournés vers les autorités officielles sous leurs différentes formes, à commencer par la présidence du gouvernement et la présidence de la République, ainsi que les instances régionales, les ministères, les municipalités et les gouverneurs, Quant au reste, il s’agissait des autorités judiciaires, de l’employeur, de la société Phosphates de Gafsa, de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux et de la Société tunisienne d’électricité et de gaz concernée.  

Au cours du premier trimestre, on a recensé 22 cas de suicide et tentatives de suicide, dont 15 concernaient des hommes et le reste des femmes, la majorité d’entre eux appartenant à la tranche d’âge des jeunes et des adultes. Les enfants représentaient quant à eux environ un quart des personnes ayant mis fin à leurs jours au cours de cette période.  

Le mois de janvier a enregistré 5 cas de suicide et de tentative de suicide, dont une jeune fille de moins de 18 ans (une enfant) et le reste des hommes, parmi lesquels un agent de sécurité qui s’est donné la mort avec son arme. Le mois de février a connu une augmentation du nombre de cas et de tentatives de suicide, avec 9 cas documentés par l’équipe de travail de l’Observatoire social tunisien, et 8 cas et tentatives de suicide ont été enregistrés au cours du mois de mars.  

À 10 reprises, les personnes ayant commis un suicide ont choisi un espace privé (le domicile) pour mettre fin à leurs jours, tandis que l’espace public a été choisi dans 9 cas, répartis entre la rue, les établissements scolaires, le lieu de travail, les hôpitaux et les tribunaux. Dans 7 cas, l’automutilation avait pour but de protester et de refuser la réalité ; le motif était soit socio-économique, soit lié à des campagnes de harcèlement, d’intimidation et d’agressions violentes fondées sur le genre.  

Sousse a enregistré 4 cas de suicide, Kebili 3, tandis que Monastir, Bizerte, Medenine et Nabeul en ont enregistré 2 chacun ; les autres cas se répartissent entre Kasserine, Kairouan, Le Kef, Mahdia, Tunis, Sfax et Gafsa, avec un cas dans chaque gouvernorat.  

Dans l’ensemble, les cas et tentatives de suicide recensés reflètent la colère, le rejet et un sentiment d’insécurité et de vulnérabilité, tant sur le plan psychologique que lié à la réalité économique et sociale, ce qui pousse les personnes les plus fragiles à exprimer ces sentiments en s’automutilant et en mettant fin à leurs jours. 

Au cours du premier trimestre de l’année, la violence a pris différentes formes et englobe pratiquement tous les types de violence sur lesquels travaille l’équipe de l’Observatoire social tunisien : la violence physique, qui représente 31,6 % des cas recensés, la violence institutionnelle, qui représente 21,1 % , la violence financière (18,4 %), la violence psychologique et émotionnelle (5,3 % des cas recensés), la violence sexiste (15,8 % des cas documentés), la violence sociale et culturelle (également 5,3 %), et la violence domestique (2,6 %). Cette période a également été marquée par de la violence politique et de la violence structurée organisée par l’État. Dans de nombreux cas, les formes de violence recensées sont interdépendantes et se recoupent au sein d’un même incident, ce qui les intensifie et les rend plus extrêmes, plus cruelles et plus violentes. Dans plus de la moitié des incidents recensés, cette violence revêt un caractère criminel.  

L’élargissement du cercle de la violence peut être interprété comme un signe évident d’un sentiment croissant de frustration ; il peut également être considéré comme un moyen de défense et de protestation face à l’impuissance et à l’échec, ainsi qu’une forme d’expression du mécontentement et de la colère populaires. Ce mécontentement peut, dans d’autres contextes, être dirigé contre le pouvoir qui l’a initialement créé, puis l’a transformé en l’un de ses mécanismes de contrôle.  

La violence se propage et touche différentes villes tunisiennes. Elle touche toutes les tranches d’âge et tous les sexes, sans épargner personne, qu’il s’agisse des agresseurs ou des victimes. Cette dimension généralisée de la violence s’explique par l’ampleur des violations économiques et sociales que nous subissons et par l’échec du système judiciaire… Sans compter les conséquences que peuvent avoir les discours de haine, en particulier ceux émanant des instances officielles, qui incitent à la violence, et à la vengeance, dans un contexte d’impunité persistante. 

La propagation de la violence conduit à chaque fois à la reproduction du même schéma, qui englobe l’ensemble du pays sans épargner aucune ville ni aucune région, avec une intensité accrue dans les zones où les inégalités sociales, la pauvreté et la marginalisation économique sont les plus profondes, ce qui alimente le désespoir et encourage les actes de violence. 

Les trois gouvernorats de Tunis, Nabeul et Kairouan ont enregistré les taux de violence les plus élevés de l’année. Les hommes représentaient 94,74 % des auteurs de violences, tandis que 2,63 % des cas de violence concernaient des personnes de sexe mixte ou des femmes. Les hommes représentaient 57 % des victimes, tandis que 17,54 % des victimes étaient des femmes et que 25,44 % des cas de violence concernaient des personnes de sexe mixte. Les lieux de violence comprenaient les prisons, la sphère privée, l’espace public, les établissements scolaires, les lieux de travail, les transports publics et privés, ainsi que l’espace virtuel, qui est devenu un cadre de production et de reproduction de la violence sous toutes ses formes et de tous ses types, et un espace de diffamation, de dénigrement et d’insulte envers autrui, sans contrôle ni responsabilité. 

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